SYMBOLE DU LIEU DE LA DANSE DE GUELEDE A POBE : ABE-ABA

ABA

SYMBOLE DU LIEU DE LA DANSE DE GUELEDE A POBE : ABE-ABA

Avant de présenter les différentes catégories de guèlèdè à Pobè, il importe de nous élever vers le sens profond du lieu qui en constitue le cadre le plus important pour leurs manifestations : Abè- aba, espace central des danses, des rites et des rassemblements, véritable cœur spirituel et culturel où s’anime la tradition guèlèdè.
Doudou-Ala à Asingbo Elè I : naissance du lieu sacré de la danse de guèlèdè, Abè- aba.


Qu’il nous souvienne que nous avons précisé dans la parution du mercredi passé que c’est le Roi Doudou-Ala qui fonda le Pobè actuel. Ses restes reposent en face du palais, à l’entrée de la forêt sacrée Opo, sous un apatam de fortune, communément appelé Ilé- égu, la case des ancêtres. Les nuits de guèlèdè, cet apatam sert d’abri aux notables et dignitaires. Mais après, en 1720, le royaume a été attaqué et disloqué par le Roi Agadja. C’est dans les années 1852 que le Roi Asingbo Elè (1848- 1898) conduisit sa troupe jusqu’au lieu d’où ses aïeux avaient été chassés. L’un des notables, le nommé Fadoukpè, avait la responsabilité de faire les rituels de réinstallation. Entouré des notables et dignitaires, il s’acquitta des rituels et autres libations prescrites par le IFA, dans le cadre de la refondation du royaume. Sur cette place, il fit creuser un grand trou. Il y déposa un placenta humain, additionné d’herbes et d’autres ingrédients alchimistes d’invincibilité, de longévité, de prodigalité et de prospérité, que seuls les mages connaissent. Il retira des mains de son arrière- petite- fille Ayédédjou, la bouture d’un ficus (en nago aba). C’est ce ficus séculaire qui se trouve toujours devant le palais.
Autour de cet arbre s’organisent les danses de guèlèdè, et d’autres manifestations culturelles traditionnelles. Autour de l’arbre planté, Fadoukpè rassembla, au nom du Roi, les notables et la population, et leur fit la déclaration solennelle qui suit :
« Dignes fils de Oranyan, dignes fils de Oyo et d’Ifé, mes chers Osolo, à l’instar de notre aïeux Oranyan, nous sommes restés dignes, vaillants et intrépides. Nous voici enfin de retour à la terre prodige, rêvée par nos ancêtres, sur le site prédestiné par eux pour bâtir notre royaume. La terre est disponible, pour refonder notre royaume sur ce site. Ce ficus, qu’ensemble nous venons de planter, est l’arbre de Vie et de Renaissance de notre belle cité, dont il nous échoit désormais à tous l’honneur de veiller au plein épanouissement. Cet arbre nous servira de repère, en tout temps et en tout lieu, pour les cultes, les rituels et les danses de Guèlèdè, les réjouissances et les grands rassemblements en l’honneur et en mémoire de la divinité fondatrice de notre royaume. Ce grand jour voit se concrétiser pour toujours la refondation et l’épanouissement du beau royaume prédestiné ; vision prémonitoire de nos aïeux Oranyan et Tètou, qui devient définitivement une réalité tangible sous nos yeux. Avec leur bénédiction, nos intrépides guerriers jagun- jagun viennent d’infliger une défaite cuisante à la troupe des agresseurs d’Abomey. Notre joie est infinie, car notre cause est juste. C’est au prix de mille sacrifices, et avec une légitime fierté, que nous avons
reconquis le territoire de nos ancêtres. Qu’ils en soient loués ».
Cette place assure vraiment ce rôle pour lequel elle a été créée par nos ancêtres. C’est le lieu des grandes manifestations. La danse des guèlèdè s’y déroule. C’est d’ailleurs le seul et unique endroit où le guèlèdè de nuit peut prester. Pour la manifestation des guèlèdè du jour, elle s’y déroule également sauf s’il s’agit d’une invitation particulière pour un événement non lié ni à la cour royale ni au culte Ohundo, c’est- à- dire Orisa Oranyan.


Abè- aba : les enseignements d’un lieu sacré pour les générations présentes et futures.

Abè-aba, (sous aba) n’est pas seulement un espace physique: il constitue un véritable sanctuaire où se perpétue la mémoire des aïeux, de leurs luttes, de leurs sacrifices et de leurs victoires. Il rappelle qu’aucune communauté ne peut s’épanouir si elle ne respecte pas, ne valorise pas et ne transmet pas l’héritage laissé par ses ancêtres. Ce lieu symbolise également la manière dont, après la dispersion et les attaques, Pobè n’a pu renaître que grâce à la cohésion de ses fils et filles autour d’un repère commun : l’arbre de vie, aba. Il montre qu’une société peut surmonter les épreuves lorsqu’elle demeure soudée autour des valeurs partagées et d’un destin collectif. La cérémonie de refondation, les libations, le choix de l’arbre sacré et les paroles de Fadoukpè rappellent quant à eux l’importance capitale des rites et des symboles. Ceux- ci ne sont pas de simples formalités, mais des piliers qui structurent la vie sociale, renforcent l’identité et donnent sens à la communauté. L’histoire du lieu enseigne aussi que, malgré la conquête, l’exil et les agressions, les
descendants de Oranyan ont su revenir, se relever, reconstruire et réaffirmer leur identité. La résilience d’un peuple se mesure à cette capacité à protéger ce qui constitue son essence.

Enfin, Abè-aba n’est pas juste « sous un arbre » : il demeure un repère spirituel, culturel, social et historique, un espace sacré qui doit être préservé car il représente le cœur vivant de la communauté et le lien direct avec les forces qui la protègent.

En définitive, la grande leçon à tirer est que l’identité d’un peuple se bâtit sur la mémoire, l’unité, la résilience, le respect du sacré et la transmission des valeurs ancestrales. Abè-aba en est le symbole par excellence : un symbole de renaissance, de continuité et de force spirituelle pour Pobè. Ce sont ces valeurs que la danse de guèlèdè permet de transmettre de génération en génération.

Appel

Abè-aba, révèle l’importance d’un lieu où s’entremêlent mémoire ancestrale, rites fondateurs, identité collective et transmission intergénérationnelle de la tradition guèlèdè. Cette mise en lumière rejoint pleinement les actions du Gouvernement béninois, qui œuvre depuis plusieurs années à la sauvegarde, à la restauration et à la valorisation du patrimoine matériel et immatériel. En mettant en avant des espaces sacrés, des pratiques culturelles et des expressions identitaires fortes comme le guèlèdè. Cette présentation s’inscrit dans la dynamique nationale de reconnaissance, de protection et de promotion des traditions vivantes, afin qu’elles demeurent des repères structurants pour les générations actuelles et futures.


Dr Lanokou Chèto Mathieu// Détermination Infos

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