
HISTORIQUE DE LA DANSE DES GUELEDE DANS LE ROYAUME DE POBE
Les dynasties royales de Pobè
Pobè fut un royaume ayant une organisation politique sur un espace qui partit de Fouditi (limite en nago) au sud (avec le royaume de Sakété) jusqu’au royaume des Ije (Ohori- Ije) au
nord; le royaume était limité à l’ouest par les villages de Toffo et d’Ilodo, et à l’est par ce qui
devint le Nigeria. Le royaume a à sa tête un roi qui dirige avec un collège des ministres ayant
chacun son rôle et sa mission. Ainsi, le dispositif politique mis en place par nos aïeux veut que
quatre (4) dynasties se succèdent à tour de rôle au trône, au décès du roi.
Les différents clans de ces dynasties siègent parmi les dignitaires des principautés et chefferies
traditionnelles qui gèrent la Cour royale. La belle preuve de l’enracinement géopolitique des
dynasties des Rois de Pobè est donnée par leurs régences, qui suivent :
- La dynastie d’Arifassa- Djou- Ôgou, à laquelle appartenait le roi Assingbo.
- La dynastie d’Inan- Kankan à laquelle appartenait le roi Akangbé.
- La dynasti d’Agounlè- Djoyé à laquelle appartenait le roi Otèni.
- La dynastie d’Akounlala- Fou- Ditchan (Akoun- lala- Foïtchan) à laquelle appartenait le roi
Itchola.
Les règnes fondateurs
Avant l’instauration de ces dynasties rotatives, le royaume fut fondé par la Reine ELE
(1486‑ 1516). Trois autres Reines lui succédèrent :
Ignatchoukpa‑ Rogo (1516‑ 1551),
Ignakèlè‑ Fourogan (1551‑ 1583) et
Oliyètou‑Agbo (1583‑ 1606).
Après elles, les Rois
Odjikpèlèro (1606‑ 1633) et Doudou‑ Ala (1633‑ 1658) ont poursuivi la consolidation du
royaume.
Il faut souligner que Doudou‑Ala fut notamment celui qui implanta définitivement sa tribu sur le site
actuel de Pobè (Epo‑ Ibèni ou Pobè‑ Ossolo).
Réformes du Roi
Arifassa‑Djoogou (1658‑ 1688).
À la disparition de Doudou-Ala, Arifassa-Djoogou accéda au trône avec pour vision d’utiliser le IFA pour réorganiser le royaume. Réformateur, il a promulgué une loi qui rend caduc l’accès des femmes au trône. En compensation, il institua la société secrète de guèlèdè, placée sous
l’égide de nos mamans (Iyawan) pour réjouir les femmes, les associer et les impliquer dans la gestion de la cité. Il a réhabilité et institué cette danse de ces ancêtres, et légiféré pour
l’organisation chaque année d’une fête de la production de l’igname, animée par la
manifestation de danse de guèlèdè.
Soulignons qu’elle se danse la nuit comme de jour. Le guèlèdè de nuit est appelé Oro- Ifè (la voix de Ilé- Ifè,
c’est- à- dire le message qui nous vient de Ilé- Ifè). Les guèlèdè de jour sont appelé Oro- osan
(chroniqueur de jour).
Le Bénin s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique de promotion accrue du leadership féminin,
dans la continuité des réformes historiques portées par le Roi Arifassa-Djoogou, qui institua la
danse de Guèlèdè pour honorer les femmes, reconnaître leur pouvoir social et les associer à la
gestion harmonieuse de la cité. La réforme constitutionnelle de 2019 (loi N° 2019- 40) prolonge
cet héritage en réaffirmant l’égalité homme-femme et en autorisant des mesures de
discrimination positive pour renforcer la représentation des femmes dans les instances
décisionnelles (Article 26 al. 2). Ainsi, l’État béninois modernise et réaffirme une tradition séculaire qui place les femmes au centre de l’équilibre social et du développement collectif.