Regards croisés : L’énigme Candide Azannaï

Regards croisés : L’énigme Candide Azannaï !

Profitant d’une accalmie relative sur le plan politique, le président de Restaurer l’Espoir (RE) s’invite dans l’actualité de façon brusque comme à son habitude. Dans l’une de ses dernières envolées verbales dont seul il a le secret, il a griffé un parti de l’opposition. Sa démarche reste singulière et tranche des  » klébé » en mission quotidiennement contre les opposants. Azannaï n’en est pas un. Loin de là…

À toutes fins utiles, rappelons que l’homme a été le tout premier à quitter l’équipe de Talon dont il a été pourtant un ardant défenseur au plus fort de la brouille entre ce dernier et Yayi de 2011 à 2016. D’ailleurs, avant la présidentielle de 2016, il était pratiquement le seul à croire en la victoire de l’homme d’affaires qui a fait fortune dans le coton. Au sujet de cette candidature atypique, il affirmait haut et fort sur une chaîne de télévision : << … Le meilleur candidat de l’intérêt général, qui réunit génie, courage, abnégation et capacité, celui – là, c’est Patrice Talon…>>

Malheureusement après la victoire historique de Talon, à l’épreuve de la gestion du pouvoir, de graves dissensions apparaissent. À la surprise générale, dans un contexte politique tendu marqué par la révision de la Constitution, Candide Azannaï présente sa démission le 28 mars 2017. Un maillon indispensable de la colonne vertébrale du système venait de claquer la porte au pire moment. Aucune raison officielle pour justifier ce départ mais, lors du troisième congrès de son Parti Restaurer l’Espoir, dans un discours truffé de citations de philosophie politique, Candide Azannaï a dit : << … Il est du principe de l’intérêt général que l’Etat ne peut pas être réduit à une association d’individus ayant en vue leurs intérêts particuliers. C’est très important ! … »

Loin d’émousser les ardeurs du chantre de la rupture, Patrice Talon a plutôt continué l’œuvre entamée. Le mutisme de Azannaï au lendemain de son départ a fait croire à bon nombre de béninois qu’il était toujours en mission pour son ami, l’ex exilé. Erreur ! Azannaï est devenu un des pires pourfendeurs du régime en place. Il ne rate aucune occasion pour dénoncer la gouvernance Talon.

Le paradoxe dans sa nouvelle vision, c’est sa haine contre l’opposition dont il fait partie normalement. Tour à tour, Ajavon, Boni Yayi, Nicéphore Soglo, Éric Houndété, Paul Hounkpè et autres ténors des forces alternatives en ont fait les frais. Le parti Les Démocrates a été sa dernière cible. En effet, dans une courte vidéo relayée par la web télé Reporter média monde, l’ancien député et ancien ministre de Talon n’a pas fait cadeau à ce parti dirigé par Boni Yayi. Il affirme : << … Le parti d’opposition LD, c’est de l’errance. Ça ne veut rien dire…>> Azannaï dénonce ainsi une compromission politique avec Patrice Talon.

Finalement, que veut Candide Azannaï au juste ? Alors que 2026 approche à grand pas, il n’y a aucune logique cartésienne dans son combat actuel. Mieux, selon certains analystes, l’homme aurait perdu toute sa lucidité à cause de l’assainissement réussie, du moins en apparence du paysage politique et surtout le départ de son homme lige, ex Secrétaire général du parti Restaurer l’Espoir, Guy Mitokpè. Il faut souligner également la posture de Talon vis-à-vis de son ancien fidèle ami. À aucune occasion, le chef de l’État n’a répondu à ses provocations, contrairement à Boni Yayi entre 2012 et 2016. Ce silence légendaire de Talon a contribué à affaiblir davantage Azannaï qui aime se nourrir des joutes verbales pour se donner une sorte de légitimité politique.

Parlant de sa formation politique, Restaurer l’Espoir, Azannaï ne s’est pas encore conformé à la nouvelle dynamique réformatrice en cours. Au regard des dispositions légales, ce parti n’existe plus normalement. Avec du recul, on peut affirmer que Guy Mitokpè a vu juste en quittant très tôt l’immobilisme pour se forger une carapace d’homme politique aguerri.

Désormais seul et sans aucune base politique visiblement, Candide Azannaï, tel un navire sans gouvernail, vogue au gré des vagues. Quelle sera sa prochaine destination ? Quelle formation politique pourra lui permettre de retrouver sa gloire perdue ? Autant de questions qui nourrissent les débats au fur et à mesure qu’on s’approche des élections générales de 2026, un virage capital pour certains politiciens dont Candide Azannaï qui joueront leur survie politique.

Georges Pompidou disait : << Passer sa vie dans l’opposition est pour un homme politique ce que serait pour un poète se condamner à lire et à juger les vers des autres.>>

Ignace NATONNAGNON

Laisser un commentaire