
Note introductive
Le 1er août 1960, les populations dahoméennes accueillirent avec un enthousiasme des rares, l’accession de leur pays à la souveraineté internationale. Cette liesse populaire était justifiée au regard des multiples privations imposées par l’administration coloniale et qui faisaient du colonisé dahoméen, un esclave sur son propre territoire. Le peuple dahoméen était par conséquent optimiste quant à l’avenir des générations ultérieures car, désormais, il assumerait la gestion de ses propres affaires. Mais après 60 ans d’indépendance avec une histoire politique ponctuée par une instabilité notoire entre 1963 (premier coup d’Etat dirigé par Christophe Soglo contre Hubert Maga) et 1972 (dernier coup de force dirigé par Mathieu Kérékou contre le triumvirat présidentiel), la question du développement du Bénin a connu un ralentissement irréfutable entrainé par la rupture de l’application des programmes économiques des différents dirigeants à cause de l’intrusion répétée des hommes en treillis dans le champ politique. Avec l’avènement du renouveau démocratique en 1990 qui mit fin à la parenthèse marxiste-léniniste de Kérékou (1974-1990), les populations ont cru pouvoir enfin aborder le vrai virage du développement économique avec pour incidence, la fin du ‘’délestage social’’ qui a conduit au chambardement qui eut raison de Kérékou et ses pontes au crépuscule des années 1980. Malheureusement, malgré les différentes initiatives prises par les différents gouvernements depuis 1990 et en dépit de certains succès dont ces derniers peuvent être crédités, le fossé entre les attentes des populations et les résultats des politiques publiques de développement s’est agrandi année après année. Cette situation indispose les populations qui développent désormais comme coutume, la recherche dans le champ politique, des oiseaux rares dans la perspective de répondre à leurs légitimes attentes. C’est dans cette optique qu’il faut inscrire l’avènement au pouvoir de Nicéphore Soglo en 1991, de Yayi Boni en 2006 et enfin de Talon en 2016. Si le premier n’a pu renouveler le graal en 1996 à cause de moult accusations portées à son encontre dont notamment la gestion monolithique, clanique voire familiale du pouvoir d’Etat, Yayi Boni a pu se faire réélire en 2011 en bénéficiant d’une vaste adhésion populaire consécutive à ses grandes réalisations sociales. Ne pouvant se faire réélire au terme de ses deux mandats constitutionnels, Yayi passa le témoin à Patrice Talon élu au terme de l’élection présidentielle de mars 2016. Une fois au sommet de l’Etat, ce dernier a entrepris certaines réformes politiques, économiques et sociales diversement appréciées et qui vont indubitablement être mises sur la balance maintenant qu’il a choisi, sous la pression populaire, de se porter candidat pour sa réélection le 11 avril prochain. Après ce choix opéré par le chef de l’État, il est loisible de se demander quelles sont ses chances réelles pour les présidentielles prochaines. Quelles sont ses forces et ses faiblesses? Quid des opportunités dont il peut bénéficier et des menaces qui peuvent constituer un frein pour ses ambitions? Voilà les différentes préoccupations auxquelles nous allons apporter des réponses dans le présent article. Au-delà, il s’agira de déterminer les enjeux de l’élection présidentielle de 2021 et d’exposer les attentes des populations béninoises sur les plans politique, économique et social pour enfin justifier en quoi le chef de l’État, Patrice Talon n’avait autre choix que de se porter candidat à sa propre réélection.
I- Quelles sont les chances réelles du président Talon pour les élections du 11 avril 2021 ?
1- Maîtrise des contours de la conquête du pouvoir d’Etat
Inconnu du grand public avant 2012 quand survint la sulfureuse affaire de tentative d’empoisonnement puis de tentative de coup d’Etat dont il fut accusé par son allié Thomas Boni Yayi alors président de la République du Bénin, le président Patrice Talon n’était pas inconnu du cercle du pouvoir depuis l’avènement du renouveau démocratique dans notre pays. Comme il le reconnut lui-même dans l’une de ses interviews à la veille des présidentielles de 2016, il disposait d’une impressionnante manne financière et d’un carnet d’adresses élogieux qu’il mettait à la disposition de presque tous les candidats qui sollicitaient son soutien dans la conquête du pouvoir suprême de notre pays. Il était donc un puissant homme d’affaires qui n’était jamais loin du cercle du pouvoir. C’est pourquoi aujourd’hui, beaucoup s’accordent à reconnaître que la conquête et l’exercice du pouvoir d’Etat, Talon y était prédisposé ; il en avait une parfaite maîtrise ; c’était dans son ADN. La maîtrise des contours de la conquête et de l’exercice du pouvoir d’Etat, c’est l’une des plus grandes chances dont dispose le président Patrice Talon. Pour preuve, peu de personnes le trouvaient en mesure de vaincre Yayi Boni à travers Lionel Zinsou en 2016. Mais il a su déjouer les pronostics les plus alarmistes pour s’adjuger le fauteuil présidentiel. En 2021, il fera une fois de plus recours à cet acquis pour une certaine ‘’rebelote’’.
2- Un bilan défendable
Lorsqu’un président cherche à rempiler, le premier baromètre qui sentence l’aval ou la réprobation populaire à son ambition est sans conteste, son bilan. Et en matière de bilan, le chef de file de la rupture a peu de soucis à se faire, sinon qu’il peut carrément se sentir à l’aise. Si on doit s’en tenir à la complexité des tâches qui nous attendent sur le chantier du développement, on ne peut que s’entendre sur le fait que l’équipe qui dirige notre pays depuis 5 ans a frôlé le miracle en matière de réalisations. Presque tous les domaines de la vie de notre nation ont été impactés.
Je ne reviendrai pas sur l’économie car les structures économiques supranationales dont la réputation casse tous les doutes ont depuis 5 ans démontré la bonne santé de notre économie. Malgré les impératifs liés à la pandémie de Covid-19 et en dépit des difficultés frontalières avec le Nigéria, notre économie n’a pas sombré. Et c’est le lieu de reconnaître que la volonté du chef de l’exécutif de restructurer notre économie comme prévue dans le PAG est en train d’être concrétisée.
Au plan politique, tous les Béninois et même l’ensemble de la communauté internationale sont unanimes, même si les appréciations divergent, que beaucoup de réformes s’opèrent au Bénin. Tout d’abord, il est nécessaire de retenir que le propre des réformateurs est résumable en la trilogie incompréhension-contestation-acceptation. Au départ, les réformateurs sont incompris ; par la suite, ils sont contestés et enfin, ils sont acceptés et même portés en triomphe par les mêmes qui les ont rejetés. Périclès, le père de la démocratie athénienne a été contesté. Julius Nyerere a subi le même sort en Tanzanie. Jésus et le prophète Mahomet n’y ont pas échappé non plus. Il est par conséquent normal que Talon soit contesté parce qu’il opte pour des réformes qui bousculent des comportements rapaces entretemps salués comme la norme. Cette clarification étant faite, je crois que la sphère politique béninoise aujourd’hui devient de plus en plus potable. Les réformes qui cadrent la compétition politique au Bénin ne permettent plus aujourd’hui de faire d’un parti politique, un centre d’affaires qui permet l’ascension parfois de cancres qui n’ont absolument rien à proposer pour le développement et le bonheur du peuple béninois. Pour une fois, nous avons véritablement des partis à caractère national, loin des partis-cabines téléphoniques auxquels nous fumes entretemps habitués. La mise en application de ces réformes, comme toute entreprise humaine, a posé, et posera peut-être encore quelques problèmes, mais sur le long terme, tout le monde finira par se mettre au pas. Les débats d’idées ont progressivement commencé par remplacer l’outrage de l’argent dans la plupart des cercles politiques. Notre constitution est donc devenue moderne et elle intègre désormais, nos spécificités sociologiques. D’ailleurs, à ceux qui prennent la constitution d’un pays comme une bible, il est nécessaire de leur rappeler que tout texte fondamental est gouverné par le temps et l’humeur du contractant. Ä Solon auquel les Athéniens avaient demandé quelle était la meilleure constitution du monde, il leur répondit, « demandez-moi plutôt de quel peuple et à quel temps ».
Au volet sécuritaire, je dois avouer que je faisais partie de ceux qui craignaient au départ que la fusion des gendarmes et des policiers en un corps et la suppression des barrières policières sur la voie ne deviennent un véritable problème de sécurité pour nos concitoyens. Mais je dois reconnaître aujourd’hui comme la plupart des Béninois que notre sécurité s’en est sortie plutôt renforcée. Le grand banditisme a reculé. Nos voies sont débarrassées des tracasseries policières et la présence des hommes en uniforme est complète sur l’ensemble du territoire national. Malgré la menace djihadiste dans la sous-région, les Béninois se sentent en sécurité et c’est à l’actif du gouvernement qui comprend que la sécurité est un préalable au développement économique.
Sur le plan administratif, les réformes sont colossales. La dématérialisation sinon la numérisation des actes administratifs est aujourd’hui un acquis qui facilite le quotidien des Béninois. Les tracasseries sont amoindries pour l’acquisition des actes et autres documents administratifs. C’est une belle avancée qu’il faut concrétiser.
Au volet sanitaire, je sais, étant dans le domaine l’énorme travail qui reste à faire. Néanmoins, sur les cinq dernières années, d’audacieuses réformes ont été entreprises et ont sans doute accru la qualité de l’offre sanitaire dans notre pays. La fermeture des hôpitaux illégaux, le renforcement des plateaux techniques des hôpitaux de référence, le renforcement des capacités du personnel soignant, la construction des hôpitaux de référence etc. sont autant d’actions qui ont réduit la létalité liée à la mauvaise qualité des œuvres sanitaires.
En matière d’infrastructures, ce gouvernement n’a pas fait piètre figure. Au contraire, il mériterait bien le sobriquet de ‘’gouvernement maçon’’ au regard des travaux engagés de façon simultanée sur l’ensemble du territoire national. Je ne ferai pas ici l’élastique inventaire des œuvres réalisées en 5 ans par le gouvernement de la rupture. C’est visible par tout Béninois fût-il, opposant, mouvancier ou citoyen neutre.
Sur le plan social, beaucoup estiment que le chef de l’Etat et son gouvernement n’ont pas fait grand-chose. Je crois pour ma part, qu’il est d’abord illusoire d’attendre d’un gouvernement engagé profondément dans la construction d’infrastructures sociocommunautaires, d’être débonnaire dans les dépenses sociales. Et il est peu recommandé de multiplier les priorités pour un gouvernement qui veut de résultat. Mais malgré ces impératifs, la rupture a beaucoup fait dans le domaine social. Le social auquel les populations étaient habituées est un social peu structuré et à peine tenable sur le long terme. C’est l’inverse avec la rupture qui structure ses interventions sociales. La réforme des critères d’attributions des bourses et secours universitaires, les modifications apportées au microcrédit aux plus pauvres, les innovations sociales prévues avec l’achèvement du RAVIP, le reclassement automatique des fonctionnaires etc. sont autant d’actions sociales minutieusement structurées.
Le bilan du quinquennat qui s’achève, malgré les travers dont on l’affuble, est vraiment élogieux. Je n’ai exposé ici que quelques grandes lignes car, tous les Béninois savent de quoi je parle.
3- Une opposition en retard et amorphe
S’il y a une réalité que tous les Béninois reconnaissent aujourd’hui, c’est que l’opposition béninoise est en retard par rapport à la rapidité des réformes politiques intervenues dans le pays. Elle semble même ne s’y être pas préparée. Ainsi, elle a été orpheline de tactique et s’est exclue par sa léthargie, des élections législatives capitales pour tout parti politique en 2019. Cette faiblesse qui est la résultante de l’incapacité des leaders de l’opposition à oublier les petites querelles et à s’entendre sur le minimum, a été comprise et interprétée par l’ensemble de la population comme une lâcheté et un égoïsme impardonnables. Cette opposition en lambeaux fait naturellement le jeu du président Talon qui a vu ses concurrents s’autodétruire, s’auto-exclure avant même les joutes électorales. C’est donc une grande chance pour le chef de l’Etat qui a un boulevard ouvert devant lui pour la Marina en avril prochain.
4- Un peuple compréhensif, résilient
Parfois, je me sens juste heureux d’être un Béninois et d’appartenir à ce vaillant peuple. Le peuple béninois, contrairement à d’autres peuples qui cèdent aux diverses sirènes de la haine et de la violence, sait facilement s’adapter à toutes les situations surtout s’il a conscience qu’elles concurrent au développement du Bénin. Pendant 17 ans, il a subi la dictature de Mathieu Kérékou et a su s’adapter aux nouveautés intervenues durant cette période. Malgré les différentes difficultés économiques connues par ce peuple depuis 1990, il a su se relever et se montrer résilient à toutes les situations. C’est le genre de peuple qui accepte faire des sacrifices pour se construire un lendemain meilleur. Cette constance sociologique est aussi une chance pour le chef de l’Etat pour sa réélection.
Voilà, de façon brève, chers amis, quelques-unes des chances dont dispose le chef de l’Etat Patrice Talon pour sa réélection. Pour le reste de l’écrit, j’évoquerai avec vous les menaces à ses ambitions et des attentes des Béninois de cette élection. Je m’excuse pour le retard pris dans l’écrit. Je suis un chirurgien et j’ai rarement le temps. Je ferai l’effort de vous livrer le reste de mes réflexions d’ici la semaine prochaine. Je vous remercie pour l’effort de lecture.
Source Externe relayée par Détermination Infos